Peintre et sculpteur

Sculpture

«Je ne comprends pas bien la sculpture, il semble qu’elle ne permette pas les tâtonnements »  cette phrase du peintre Bram Van Velde m’a renvoyé à cette longue période où seule la peinture me passionnait…
Pendant longtemps je ne pouvais m’imaginer devenir sculpteur, pensant moi aussi que la sculpture ne pouvait autoriser ces égarements, ces accidents fertiles, qu’elle ne pouvait offrir cette aventure de chaque moment, cette déroute, bref ces tâtonnements dont parle Bram Van Velde et qui permettent, dans le fond, de se perdre pour espérer se retrouver et trouver quelquefois les autres…
La peinture pendant longtemps a occupé mon esprit, mon seul rêve étant de parvenir à être peintre à mon tour, inspiré et fasciné par tant de peintres, à commencer par mon grand-père, qui, le premier, m’ouvrit réellement les yeux au monde avec travers sa peinture.
J’avoue avoir été longtemps assez insensible à la sculpture. Encore aujourd’hui, il m’est difficile de citer beaucoup de sculpteurs dont les œuvres m’auront autant fasciné que celle de tous ces grands peintres qui nous éclairent…Je suis presque embarrassé de dire que Rodin, Brancusi, Henry Moore, me laissent plutôt indifférent.
Alberto Giacometti, grand parmi les grands, illustre un peu plus cela.
Sa peinture m’a toujours bouleversé, elle dit, au delà des apparences, des choses fortes, profondes sur l’âme des hommes, on sent bien combien cela a été rendu possible grâce aux « tâtonnements » de ses recherches incessantes. Par contre sa sculpture, curieusement bien plus connue que sa peinture, semble, elle, avoir gommé ces tâtonnements. Elle semble chercher à affirmer plus qu’à vouloir évoquer ou proposer…Seuls quelques plâtres peints de Giacometti parviennent, me semble t-il, à rendre visible ses recherches profondes mais insatisfaites sur cet effleurement de l’être.
Difficile de ne pas être sensible aux bronzes de Giacometti, à « l’homme qui marche » notamment, à cette sculpture devenue comme le symbole du vingtième siècle avec ses montagnes de cadavres que les longues jambes que cet homme paraissent enjamber…
En réalité, sculpture et peinture ont longtemps été, pour moi, comme deux mondes assez distincts, nous parlant de choses d’ordre différent ; la peinture me paraissant plus apte à s’approcher de l’indicible, de l’indescriptible, la sculpture plus apte à nous faire marcher avec elle…
Alors, lorsque mes mains se sont mises à vouloir modeler, bricoler, assembler, j’ai donc voulu sculpter (je ne trouve pas d’autre mot…) comme je peins. J’ai cherché à rester peintre tout en mettant de côté le pinceau pour la pince, la tenaille ou la perceuse. Être peintre c’est accepter que les choses vous échappent, et cela, grâce à un travail de la forme qui vous échappe aussi. La multitude des matériaux me permettant aucune exclusive ; la terre cohabitant avec le métal, le végétal, les pigments, la résine, les objets glanés ici et là, m’ont permis, peut être, cette échappée tout comme la peinture…
Si certaines idées charpentent mon travail, l’essentiel de ce qu’il dit se trouve, me semble t-il, dans cette matière qui parle un langage fait de mots qui étonnent et autorisent le voyage de chacun…

Marc Perez, 2010

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