Peintre et sculpteur

Rustin

De la douceur, de la douceur, de la douceur !
Calme un peu tes transports fébriles, ma charmante.
Même au fort du déduit parfois, vois-tu l’amante
Doit avoir l’abandon paisible de la sœur…

Paul Verlaine


Et si Rustin était le peintre de la douceur… Nous aimons la peinture car elle dit toujours autre chose que ce qu’elle montre, tout comme la poésie, la littérature lorsqu’elles disent bien d’autres choses que ce dont elles parlent, sans doute l’art n’est t-il que cela « parler d’autre chose »…
Rustin raconte la douceur à ceux qui veulent bien tendre l’oreille.
Bien sûr Rustin expose l’abandon des corps, l’abandon dans une solitude qui est aussi la notre, cette solitude fondamentale présente plus encore quand nos vies se rétrécissent, comme peau de chagrin, pas après pas. Il expose un monde clos, dans lequel circulent immobiles ces êtres; sont  t-ils vieux, sont t-ils fous? Chacun s’interroge, évitant de voir qu’ils peuvent être nous.
Mais ces peintures, troublantes, à première vue obscènes, ne sont elles pas d’abord comme des caresses que les images premières nous empêchent de sentir?
La lumière de ces peintures est douce, de plus en plus douce au fil des périodes qui se succèdent. Cette lumière est t-elle celle du jour qui se lève ou du crépuscule? Peu importe, le cycle du jour et de la nuit semble laisser ces personnages indifférents. Ils sont en général nus, innocents, habillés par cette lumière douce, donnant à leur peau ces teintes roses ombrées de mauve. Aucune brutalité dans cette lumière qui permet d’ouvrir grand les yeux de voir en nous comme jamais. Aucune brutalité dans les gestes, dans les regards, les doigts se caressent, les langues se mêlent parfois. Ce n’est pas de la tendresse, la tendresse à besoin de l’autre, la tendresse cette faillite de l’amour ce résidu ne les concerne pas, il n’y a d’ailleurs pas d’amour chez Rustin, c’est juste de la douceur cette antidote ultime à la misère, à l’oubli, à la peur.
Aussi, cette douceur peut sans doute nous apparaitre car elle semble être là, au détour de chaque coup de pinceau dont les poils brossent délicatement les toiles. Mais cette douceur est presque invisible aux yeux d’un public découvrant soudainement ces tableaux ; tout ce passe comme si elle ne pouvait se donner tant certaines images vous détournent d’elle, comme si cette obscénité apparente, mais qui n’en ai pas une, faisait écran. Ce n’est pas la nudité qui est là, derrière le paravent, mais cette infinie douceur que Rustin, par pudeur n’ose pas montrer au premier venu.
Ne pourrait- on pas aller jusqu’à dire ici, comme un impensable paradoxe, que Rustin, dans le fond, et contre toute attente, serait encore plus « le peintre de la pudeur »…

Marc Perez, 2011

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