Peintre et sculpteur

La grande aventure

Je ne suis pas marin.
L’ai-je été dans une autre vie ? Cela m’amuse d’y croire.
Je ne suis pas marin mais je navigue, et mon bateau c’est l’atelier.Tous les jours,  je reprends la barre, je vois défile ces paysages intérieurs comme les appelait Zoran Music, je navigue encore et encore à la recherche des rivages de l’âme…
Tous les jours je retrouve mon embarcation avec le même rêve celui de voir venir des horizons nouveaux, de voir naître de nouvelles lumière. Mais tous les jours je retrouve la même impatience, les mêmes déceptions; Les paysages changent, mais trop lentement, de façon si imperceptible que  le renoncement, semble être le seul horizon possible. Je retrouve les même peurs aussi… Je sais que le naufrage n’est jamais loin même par temps calme. Je sais que tous les jours il y a la crainte d’être à jamais perdu lorsque plus aucune terre ne se dessine. Et puis  quand la houle se lève, les vagues, les vagues à l’âme, les courants, les tempêtes, les tourbillons m’emportent il faut aussi  trouver cette force de ne pas sombrer.
Par bonheur de temps en temps, le paysage qui se transforme devant les yeux, au bout des doigts, surprend et submerge d’une excitation joyeuse. Le tableau ou la sculpture devient comme étrangère mais tellement proche aussi. Ces instants  seuls justifient le voyage, ces instants qui font croire qu’enfin vous découvrez une terre nouvelle , qu’enfin vous avez réussi à vous décaler un peu de vous-même, ces instants qui vous fond rêver alors d’universel, puisque au fond de vous, dans ce voyage au bout de sa nuit on croit apercevoir  les autres…
Mais l’accalmie est brève. Les joies s’estompent. Comme pour ce marin solitaire naviguant des jours durant  autour d’une terre qu’il voit changer, émerveillé, avant de s’apercevoir  qu’il revient à son point de départ …On ne navigue jamais qu’autour de soi.
Là est bien la ressemblance avec le marin ; ce rêve d’ailleurs, d’horizons nouveaux, ce rêve de devenir un autre avec les paysages qui changent malgré cela ce besoin si fort de fidélité à soi et à sa vieille embarcation à laquelle on s’accroche. Cette fidélité que certains appellent sincérité, et qui n’est  peut être qu’un « obstacle que l’artiste doit vaincre » rappelle F. Pessoa. Obstacle que l’on doit sauter pour aller vers la grande aventure …
« L’aventure, la grande aventure c’est de voir surgir quelque chose d’inconnu chaque jour dans le même visage, c’est plus grand que tous les voyages autour du monde » …
Le hasard m’a donné cette  phrase, au terme de l’écriture de ce texte.
Cette phrase d’Alberto Giacometti m’est arrivée au bon moment, comme pour me porter secours…

Février 2008

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