Peintre et sculpteur

Un peuple de l’ombre, de Gilles Plazy, 2008

Ici, quelques-uns assemblés dans la lumière d’une galerie ou photographiés par l’éclat d’un livre, ici donc à leur avantage, ces personnages de terre, de vieux métal, de ficelles et de brindilles ne perdent rien, au contraire, de leur humilité et nous devons les accueillir avec le respect dû à ce qui se présente sans effet de prestige, et comme malgré soi, dans toute la dignité d’une existence qui ne réclame rien, et même sur laquelle il semblerait que notre regard ne se pose que dans l’indiscrétion.Tels sont ces représentants d’un peuple de l’ombre dont l’exposition peut paraitre incongrue comme le fut celle d’indigènes dans des expositions coloniales assez peu anciennes. Incongrue, puisqu’ils ne demandaient pas tant, mais nécessaire parce qu’il fallait cela pour que nos yeux les voient.
Oui, regardons les,ces être sans fierté, si intensément fragiles, si faibles sous le poids de cette charge qu’est pour eux la vie et pourtant forts d’être si ancrés dans leur destin-êtres de tourbe tenus au sol dans la nécessité de leur nature, avec au dessus de leur tête un vaste ciel qui n’est aucunement d’espérance vers lequel tout de même les cous se tendent en un cri silencieux, un appel sans destinataire.

Il ne vivent pas dans la lumière-ou bien c’est de ces lumières solaires qui aveuglent. Ils n’ont pas devant eux un vastes horizon. Ils n’appartiennent même pas à l’histoire, qui ignore ce peuple sans cité, pas vraiment nomade, non plus qu’exilé, simplement passager sans racine, sans appartenance, qui ne cherche plus à fonder un empire qu’à retrouver quelque patrie perdue.

Ce peuple d’ombre, sans origine et sans avenir, et sans port d’attache, il lui arrive de se tenir dans une grotte exiguë, cave d’un sous sol parisien que laisse à sa disposition Marc Perez. On dit que, dans un geste biblique il les aurait lui- même, en sculpteur, créés d’un peu de terre et de quelques détritus et animés de son souffle-et que, en peintre, il en aurait fait des images. Une telle histoire faustienne parait invraisemblable: comment ces êtres énigmatiques pourraient-ils n’être que des artifices d’atelier? Nous sommes au XXIe siècle, que diable! et nous savons bien que l’art n’est pas la magie. N’y aurait-il pas, derrière eux, plutôt quelque main d’alchimiste ancien, de ceux qui officiait en secret à Prague et lâchaient dans la rue des golems? ou quelque manipulation de sorcier ou chaman capable de donner forme aux esprits des steppes et des forêts? Toujours est-il que ce sont là des êtres d’une rare, douloureuse présence, de singuliers porteurs d’ombre dont il semble (et nous nous en étonnons) qu’ils éveillent en nous un  singulier écho. C’est qu’ils ne nous sont pas si étrangers qu’ils paraissent l’être. Peut être qu’ils sont simplement nos double. Oh! pas des clones , mais des êtres semblables à ceux, qui au plus profond de nous, se cachent derrière l’apparence des personnages que nous croyons être, que nous nous efforçons d’être pour la « bonne marche » de la société dans laquelle il nous incombe d’avoir un rôle à jouer. Ce peuple de l’ombre, ces êtres tout de fragilité, de douleur, de déréliction résignée pourraient bien n’être là , devant nos yeux que pour montrer quel est notre vrai visage.

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